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Les trois astres (Partie I)



"Par la magie de l'interprétation, l'ouvrage poétique dénoue les nœuds du langage, puis les nœuds de l'âme, qui s'opposaient à la vie et à la force créatrice."


Je place ces cinq livres dans la catégorie Les sélections seulement cet article sera un peu spécial, destiné à faire l'éloge des rares livres qui ont comblé ma vie lors des moments les plus dramatiques. La magie étincelle entre les pages ou bien est-ce moi et mon jardin intérieur qui ont pris les mots pour baumer mes maux ? Je me réfère donc ce petit essai (Les livres prennent soin de nous) de quelques centaines de pages, sur la bibliothérapie, science méconnue encore du grand public. Lire, comprendre, savourer, décortiquer, critiquer, c'est faire de soi quelqu'un de meilleur, ouvert au monde et à l'empathie. Aujourd'hui, je voulais vous présenter ces cinq livres qui font définitivement partis de ma vie, bien ancrés au tréfonds de mon coeur qui réclame encore les heures pour les contempler, les toucher, les déguster. Je ne balancerai pas des phrases comme "ils ne me lasseront jamais", j'aimerai, sur ce territoire d'une page blanche, énoncer, déclamer que ceux-ci me soignent, par la poésie, par l'écriture, par l'essence divine, capables de toucher et d'émouvoir, de parler, de discuter avec mes peines, mes souffrances, en créer une arabesque meilleur, une figure de lumière. Cette année, je les relirai, je leur ferai honneur en écrivant sur eux une chronique. Pour le moment c'est une introduction, c'est surtout mon amour que j'aimerai vous partager pour mes livres favoris, introduction à une pépite bouleversante que je vous exhiberai bientôt.



La confession d'un enfant du siècle d'Alfred de Musset



Je me souviens l'avoir lu lorsque ma situation familiale et mon drame se fut apaisé, j'avais le temps, un temps pour découvrir sans peur ni angoisse, sans arrières pensées coupables ou honteuses. Je me souviens l'avoir lu car l'on étudiait l'une de ses pièces, je me souviens l'avoir découvert comme le soleil brûlant sur mes rétines admirative de cette plume, de ce lyrisme, de cette poésie, surtout de cette litanie de douleur, de tristesse, de colère, de rage. Musset est l'auteur que je cite en premier ; ses Confessions d'un enfant du siècle ce que je pense en premier quand le mot fuse sur les lèvres : littérature.

De mon humble point de vu, la perfection de ce livre tient à une origine divine ; je me plais à imaginer que Dieu aurait pu lui inspirer ces phrases, ces lignes, ces métaphores, ces figures de style pleuvant à toutes pages. En réalité, et la beauté réside dans ce mystère de l'âme, de ce talent émotif, il s'agit d'un homme pleurant une maîtresse et découvrant une autre femme, celle qui soignera ses plaies d'enfant à vif, d'enfant nu sur le parvis, laissé à l'abandon par une société engouffrée dans le vide, qui ne laisse ni de place à ses héritiers ni d'espoir à ses descendants. C'est notre histoire, celle de ces jeunes gens en mal du siècle, ayant vu passer les grandes batailles, les grandes valeurs, ceux qui ont raté la voie de la gloire car ils sont nés à la mauvaise période, là où la désolation creuse un trou dans le coeur, les artères, l'âme. D'une tristesse qui me fait pleurer à toutes les pages, de ce lyrisme plongeant dans le tréfonds des sentiments, j'ai fais communion avec les douleurs et les peines du personnages car c'étaient les miennes.

Les mots sont universels et ce roman sage, cette autobiographie déguisée nous le montre dans une arabesque d'expression, il ne parle pas que pour lui mais pour tous les autres qui subissent également des situations dramatiques. Il nous chuchote à l'oreille des meurtrissures meublées par les espoirs, c'est l'esprit qui s'exclame de cette dureté qu'il transforme en poésie, en beauté. Ce livre m'a dévoilé que l'art c'était la vie, que la vie promet des souffrances mais que dans chacune d'elles se cachent des moments de grâce, de souplesse, surtout que ces instants de larmes se transforment en force plus tard. On ne s'apitoie pas, on résiste, par l'écriture, par un exutoire qui n'appartient qu'à nous. On tisse des mélodies de mots, des personnages de papier s'inspirant de sa vie pour en faire quelque chose de mieux, de sublime, c'est un acte profond de résistance que j'admire tous les jours. Il se partage avec les autres pour les inciter à voir le monde d'une manière plus mélancolique mais vivante.



Notre Dame de paris de victor hugo


Je possède une histoire particulière avec ce livre, ce livre possède une histoire particulière avec ma vie. A quinze ans, j'ai voulu m'ouvrir aux classiques grâce à une amie, que je n'ai pas gardé depuis, lisait aussi de ces ouvrages un peu spéciaux, dont j'avais peur je l'avoue, on les nomme les classiques, ceux ayant surpassé la mort. Une liste donnée par mon professeur de littérature pour se préparer à la première L également a eu raison de moi. Je me remémore très bien d'avoir commencé Crimes et Châtiments sur la plage et La promesse de l'aube de Romain Gary qui, tous deux, me sont tombés des mains. Je n'étais pas prête pour affronter un niveau surélevé de français, de beauté, de poésie, aborder une histoire complexe. Encore aujourd'hui je me dis qu'un tel chef d'oeuvre, à quinze ans je n'ai pas pu le comprendre entièrement.  

Presque dix années ont passé, j'ai avalé cette brique en un mois, juillet ou août où les feuilles rayonnaient, le soleil resplendissait. J'ai voyagé, j'ai rêvé, j'ai pleuré, j'ai compris cette atrocité des émotions, de cette passion sublime entre le désir interdit et les conséquences psychologiques. Claude Frollo m'a fasciné, Esmeralda m'a ému, Phoebus m'a énervé et Quasimodo me reflétait. De ces descriptions qui s'étalaient j'ai été admirative, plus d'un chapitre : Paris à vol d'oiseaux, nous dépeint les rues, les ruelles, les pavés, les cathédrales dans leur moindre détails. Et j'écris et les souvenirs me reviennent : le début qui se révèle compliqué, c'est un livre qui se mérite. Si on s'accroche on atteint l'apogée de la passion, on ressent les terreurs humaines, les angoisses, les conflits psychiques. Comment aimer quand on s'est promis à Dieu, j'ai été touchée par ce personnage de Frollo bien que ce soit un monstre, je n'ai pas pu lui en vouloir. En voulant tuer la sorcière qui a redonné vie à son coeur il espère reprendre possession de son âme. L'amour, alors, semble cet effroi, ce passage où l'on se perd soit même, pire encore puisque lui n'a pas le droit de goûter aux charmes de l'existence conjugale. J'ai été prise dans l'étau des passions humaines, de cette fresque où les personnages s'emmêlent pour apprendre ce qu'est le désir divin et ses fureurs.



Océan Mer d'alessandro baricco


Il a changé mon existence, la couverture enchanteresse, ce bleu attirant, j'entendais déjà les roulis de la mer, le léger bercement des vagues, au loin, la pension qui se dressait sur sa haute colline. Un peu onirique, poétique, ce roman un brin expérimental m'a montré que la vie, si fragile soit-elle, possédant ses lots de souffrances possédait également ses lots de joies et de bonheur. L'écrivain nous le dit, patiemment, il chuchote à l'oreille de ses lecteurs, il les prend presque par la main tout en les lâchant. Ses personnages baignent dans les leçons de vie qui se replient pour des passages plus dramatiques, spectaculaires par leur force émotive. Je me souviens de la litanie tantôt macabre tantôt magnifique : Hosanna Mer et le naufrage. Dans ma tête des images de ces corps amassés, de ces amas de membres, de cette douleur, de cette souffrance, de ces hurlements de détresse quand on sent la fin proche. Dans ma tête une répercussion de ma propre douleur, de mes questionnements, qu'est-ce que je fous ici, pourquoi je vis encore alors que je m'en ramasse des tonnes des blessures, que chaque jour, un peu plus, je m'embraque vers le Styx m'enfermant moi-même dans une prison de solitude. Ce livre m'a aidé, ce livre m'a ouvert les yeux, il m'a incité à m'ouvrir, à m'épanouir près des autres. 

J'étais dans le métro parisien quand j'ai abordé le naufrage, je ne m'y attendais pas à cette force astrale qui m'emmenait vers les dérives, vers l'enfer d'un moment d'impuissance. Cette scène, se déroulant sur plusieurs pages, déploie ses larmes, ses psaumes, ses litanies, les répétitions comme un refrain et ce prénom que je souhaite offrir à ma fille : Hosanna. Car Hosanna c'est l'existence même, c'est la mer puissante, colérique, calme, apaisante, c'est nous aussi. Hosanna c'est la métaphore de notre intériorité, de notre âme boursouflée de vices et de vertus, de questionnement, de doutes, d'angoisse, d'amour, de haine, Hosanna est tout, l'univers et le monde qu'on se créé. Il y a cette farandole de personnages qui tentent d'affronter, de contrer l'adversité, de ne pas masquer mais d'exister dans le vrai, l'authenticité. Alors que nous passons notre temps à museler nos sentiments, nos émotions, toujours devoir garder ce sourire accroché à nos lippes, à être joyeux, à rire, à déconner, Baricco m'a donné la permission de rester moi, quand je ne vais pas bien je le montre, quand je suis passionnée, que je m'emporte facilement par joie ou colère je le montre. Je ne suis plus cette gosse qui se barricade par peur des gens, j'ai envie de tout vivre : souffrance, bonheur, atteindre de l'expérience, me graver des souvenirs même s'ils me hanteront plus tard, même si, à un moment, songeuse, je risque de regretter certaines de mes actions pour relativiser ensuite. 

Ce livre est un trésor que j'aimerai offrir à tous mes proches car, qui dit offrir dit un symbole d'éternité surtout quand il s'agit d'un livre, dit aussi un symbole de richesse interne et un acte d'intimité. C'est un roman que j'exhibe à chaque fois que l'un de mes proches se trouvent en proie à son propre naufrage psychique, c'est un roman que je ne quitte pas, ancré profondément en moi.


Et vous, quels sont les romans qui ont tourmenté votre vie pour leur donner encore plus de consistance ? 

Vagabonde.

12 commentaires:

  1. Trois livres que j'ai déjà prévu de lire, ça tombe bien ! :)

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    1. Il faut absolument que tu les lises ! J'ai l'intention de les relire pour ma part, j'ai déjà commencé dans ma deuxième partie mais ces livres là je ne m'en lasserai jamais. Ils me font vivre comme aucun autre.

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  2. Excellente sélection ! Il me tarde de lire La confession d'un enfant du siècle, mis de côté il y a si longtemps ! Pour ma part, les livres qui ont "changé" ma vie de lectrice sont L'Assommoir, Si c'est un homme et plus récemment Adolphe... Il y en a beaucoup d'autres...

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    1. J'ai eu un gros choc estethique quand j'ai lu Confession d'un enfant du siècle, et la deuxième fois je me suis plongée encore plus dans les mots. Chaque phrase de ce livre est merveilleuse et je suis tellement, tellement jalouse de voir un talent comme celui-ci, je suis aussi très heureuse qu'il ait écrit ce livre. L'assommoir j'ai envie de le lire, je l'ai dans ma PAL, puis Adolphe également.

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  3. Joli article que tu nous livres là, j'aime beaucoup découvrir tes livres préférés et avoir des bouts de ton ressenti et de ton histoire avec, c'est très touchant. Et je suis encore plus ravie de pouvoir lire un petit avis sur Océan Mer qui nous a toutes les deux chamboulées, c'est vraiment un chef d'oeuvre !

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    1. Oh, t'es toujours aussi choupinette ! Quand j'écris sur les livres j'écris aussi sur quelques mémoires de mon passé, j'ai l'impression que l'un ne va pas sans l'autre, la même chose que quand je peins. Je le répète mais je suis vraiment heureuse que tu ai adoré Océan Mer, dès que j'y pense je me figure le naufrage, ces pages et ces pages de malheur et de beauté mêlés. Ca me fait penser qu'il faudrait que je vole Le radeau de la méduse de Delacroix...

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  4. Je vais sûrement lire Soie d'Alessandro Baricco, je l'ai sur ma liseuse. Si je ne suis pas convaincu par celui-là, je jetterai mon dévolu sur Océan Mer !

    Par contre, je pense aussi que je donnerai une seconde chance à Alfred de Musset car j'ai lu On ne badine pas avec l'amour ce mois-ci et clairement, cette pièce de théâtre ne restera pas dans les annales...

    Et sinon, Notre Dame de Paris, un classique incontournable qui finira sûrement dans ma PAL un de ces jours :)

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    1. Soie ils en ont fait un film aussi et j'aimerai tellement le voir, la bande annonce est magnifique. Je l'ai aussi en livre mais il me parait bien trop court, Alessandro Baricco est l'un de mes auteurs préférés, j'ai l'intention de lire toute sa bibliographie.

      Les pièces de théâtre de Musset je les trouve super sympathiques, je les ai aussi étudié en classe et surtout Lorenzaccio. Mais j'avoue que Confession d'un enfant du siècle surpasse tout, c'est de l'émotion pure dans chaque mots.

      Notre Dame de Paris tu peux aussi sauter des pages, surtout Paris à vol d'oiseau, c'est une description qui s'éternise pendant cinquante pages ou plus. Je me souviens même du titre du chapitre parce que la longueur m'avait impressionné.

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  5. Je dirais "Entre ciel et terre" de Jon Kalman Stefansson. J'ai rarement vu une aussi belle écriture...
    Si j'ai adoré Notre Dame de Paris, que je souhaite d'ailleurs relire, je n'ai jamais réussi à terminer Océan Mer, impossible de rentrer dedans et Confession d'un enfant d'un siècle m'a vraiment pris la tête...j'étais ravie de le terminer!^^Mais tu en parles très bien en tout cas!

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    1. Je l'ai vu en librairie hier et c'est là que je me dis que j'ai eu tord de ne pas l'acheter :( Partie remise !

      Océan Mer c'est vraiment contemplatif, je sais que j'ai du me préparer psychologiquement car il a réveillé par mal de blessures pour mieux les réparer. Océan Mer c'est le livre qui m'a permis de comprendre la vie et d'accepter de tout vivre.

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  6. J'adore. Je suis d'ailleurs en train de préparer une série de chroniques de livres qui guérissent. Ça va s'appeler les "bouillons de légumes".

    Je n'ai pas oublié que tu m'as conseillé Baricco, mais comme j'apprends sa langue natale, je vais attendre de pouvoir le lire en version originale.

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    1. J'ai hâte de les lire ! J'ai aussi le projet d'instaurer un nouveau rendez-vous sur la bibliothérapie et une sélection de livre qui guérissent.

      J'aimerai tellement lire l'italien, j'aime beaucoup cette langue, je la trouve très musicale, très sensuelle aussi.

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