Pages

Tout n'est pas perdu


Je me souviens de cette période où le livre est apparu dans ma main, je l’avais déjà entrevu dans sa superbe édition sonatine, objet au résumé imposant qui m’attirait, puis le poche, à la fnac, qui rutilait, qui m’appelait. Je me souviens que je ne l’avais pas acheté avant plusieurs jours, de quoi patienter dans l’attente qui grandissait. Ce thriller il me le fallait. Et je l’ai lu. Et j’ai été déçue. Il promettait une intrigue sincère, honnête, fluide et naturelle, dans les pages se trouvent gros sabots et striures aux murs. J’en garde une mémoire floue, une brume opaque où les éléments de disgrâce sautillent joyeusement tandis que les éléments positifs disparaissent dans un énervement latent. Pourquoi suis-je lassée de ces retournements que j’ai perçu à la moitié du roman, des indices non subtils qu’elle offre sur un plateau d’argent alors que le genre policier se doit de paraître un minimum convaincant ou, tout du moins, surprenant. Le plat était froid, maintenant gelé, je secoue la tête, de colère. Drastique, certes, dure aussi, j’ose dire que ce fut une sorte de recette de cuisine que j’ai lu, du réchauffé aux clichés et aux psychologies inaboutis. 

Même mon plan, soigneusement gravé dans mon carnet au vert pâle ne me semble pas approprié, comme s’il manquait quelque chose, un grain de folie ou de mes ressentis. Les deux axes ne me plaisent pas, à vrai dire, mais j’ai une paresseuse désabusée quand il s’agit de parler de ce livre. Je crois que mes attentes étaient trop grandes, trop envahissantes pour apprécier ce roman à sa juste valeur, pourtant j’aime les thrillers quand il ne s’agit pas de FBI ou d’enquête, je favorise les événements dramatiques qui apportent leur lot de misère dans la vie de personnage lambdas. Ce que j’ai remarqué fut le système narratif, innovant. Au lieu d’un policier se place un psy réputé d’une petite ville, c’est avec lui que nous suivrons, pas à pas, l’histoire et le traumatisme de la jeune fille. Fillette adolescente ayant eu la malchance d’être violée pendant une heure, dans d’atroces souffrances, agonisante, mais sauve et en vie, elle s’embarquera pour un voyage dans son passé. Car, voyez-vous, quand elle fut emmenée à l’hôpital, les médecins n’ont rien trouvé de mieux que de lui effacer la mémoire, pour lui permettre de se reconstruire plus facilement en un temps record. Un peu de science-fiction se cacherait-elle entre les lignes ? Personnellement, je n’ai jamais entendu parler d’un traitement de ce genre, permettant de fuir, d’oublier les pires moments d’une vie. Mais on lui enlève alors ce qu’elle est, et cela, le psy l’a bien compris. 

Alan, le psy, se définit comme un être d’une intelligence sensible, un peu. Il gère ses patients comme ses enfants. L’autrice esquisse une pièce de théâtre, en huis clos, dans une petite ville où les riches côtoient les pauvres, où, en apparence, le bonheur rayonne, où l’existence suit son court, douce, tranquille, imberbe d’impureté. Sur cet échiquier, les personnages importants sont disposés pour laisser la liberté à l’écrivain de faire son œuvre, pour sûr qu’elle gère son livre comme une partition. Trop. Peut-être est-ce son premier roman, alors je comprends les défauts qui s’immiscent entre les pages, grain de poussière narquois, mais c’est le tout que je critique allègrement car il donne la sensation d’un travail emporté dans l’action d’une reconnaissance. Je suis injuste c’est vrai, je m’en excuse. Je n’ai tout simplement pas aimé l’émotion qui se dégageait, le rythme non pas essoufflé mais innommable, comme si elle tentait de mettre toutes les nuances de sentiments sans y parvenir. Elle touche du doigt ce qui aurait pu donner une âme au roman sans réussir à le transmettre. J’ai du mal à terminer cette chronique car plus je parle de ce livre plus j’ai le souhait de l’oublier au plus vite. En réalité je l’ai oublié et les mots ricochent dans le vide de ma page blanche. Alan est bien le centre du monde autour de qui tous les autres gravitent, c’est malheureux car j’aime à penser que tous les personnages ont le droit à leur heure de gloire. Le père n’est pas en reste, ni la mère, ni la fille, ni l’ami de leur fille lui aussi traumatisé par la guerre.


J’essaie d’écrire cette chronique le plus vite possible pour m’en défaire car plus je réfléchis sur ce livre, plus je lui vois des défauts et des éléments qui ne servent qu’à décorer sans apporter une véritable avancée, au point à me demander si la majorité des pages servent à quelque chose. Plus j’écris plus je m’énerve et plus j’utilise le mot « plus ». Je n’ai pas aimé, il manque de subtilité et je tâtonne dans la rédaction de cette critique qui tarde, qui tarde, je n’en vois pas la fin. Pourquoi je n’abandonne pas, je n’aime pas laisser les choses inachevées. De ma recherche de qualité je dirai qu’il a le mérite de tendre une main innovante pour le genre du thriller, ce n’est pas anodin de faire d’un psy un enquêteur, la narration se passant au je, elle tient bien le rôle. Je suis déçue, un peu lessivée, ce roman ressemble à un train défilant à toute vitesse, sans arrêt jusqu’à l’apothéose finale s’explosant contre une muraille de Chine.  

Vagabonde.

5 commentaires:

  1. Tu renforces ma méfiance envers les thrillers alors que j'en ai dans ma PAL, je ne te félicite pas :o

    Plus sérieusement, c'est vraiment dommage de ne pas aimer un livre duquel on attendait le minimum...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a de très bons thrillers, j'aime beaucoup ce genre mais quand j'en lis faut vraiment que ça me prenne aux tripes ou, en tout cas, qu'il y ait de la subtilité. Là j'ai eu l'impression de lire n'importe quoi et j'ai deviné la fin aux cinquante premières pages TT

      Supprimer
  2. Quelle déception pour toi, on le sent à travers ta chronique. C'est dommage, autant passer au suivant rapidement et ne plus y penser!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tout à fait, mais comme je n'ai pas lu assez de thriller je ne peux pas encore les comparer avec les autres, celui là ne me marquera pas du tout, il m'a passablement énervé et c'est comme si je voyais les fils trop moches de l’électricité.

      Supprimer
  3. Oh dommage ! Je l'ai lu et personnellement il m'a beaucoup plu... Mais j'ai surtout été passionnée par les explications psychiatriques, sur la mémoire et la manipulation, et du coup j'ai laissé l'enquête au second plan. J'ai beaucoup aimé le personnage du psy, qui est très compétent mais pas toujours professionnel, et qu'on sent déraper petit à petit ! Le dénouement ne m'a pas fait grand chose, parce que ça ne m'intéressait pas tellement de savoir qui était le coupable finalement, j'ai juste été embarquée dans la narration et les questions de médecine :)

    RépondreSupprimer

Instagram