Les trois astres (Partie II)

lundi, août 28, 2017



"la parole de l'autre dynamise notre univers psychique et nous transmet des émotions que nous ressentons à notre tour, permettant ainsi à chacun de s'inventer, ou plutôt se réinventer."


Un peu en retard cette fois-ci (j'avais fixé une date, mais je ne sais me tenir à un horaire précis puisque madame n'a pas la moindre notion du temps), voici la deuxième partie de cette sélection assez intimiste. Quel est le livre qui raconterait votre passé ? Le livre qui vous consolerait, serait toujours prêt de vous pour vous réconforter ? Quel est le livre qui vous émerveillerait, le personnage que vous voudriez devenir, votre idéal, votre modèle ? Je vous avais présenté trois livres qui avaient comblé ma façon de penser, avaient construit mes idéaux, mes valeurs, mes principes, ici je vous délivre mon rapport mystique que j'entretiens avec ces trois ouvrages. Une lecture apparaît telle une rencontre, un lien s’élabore, les sentiments, l'instinct, c'est celui-ci que j'aimerai ! s'écrie-t-on lorsqu'on le tient dans la paume, éloignée des bruits, des voix, des chuchotements de ce temple la librairie, on le sent, on le sait, on se trompe rarement. Ces trois astres comme une histoire d'amour tombèrent sur mes pensées, mes prières, enchaînés maintenant dans mon myocarde, ils vibrent à chaque fois que je parle littérature, que je me réinvente, ils m'aident à prendre confiance, à réfléchir sur cette vaste planète que l'on habite, ils m'encouragent, m'ouvrent les portes d'une église tantôt obscure tantôt lumière.




Lolita de Nabokov


Il est de livres que l'on arbore, que l'on déteste, que l'on rejette, des livres qui siffle sur notre âme enfiévrée, muselée, sur les traumatismes, les douleurs passées que l'on refrène, que l'on se cache à nous même. Lolita c'est déjà la poésie qui chavire dans la tête, les mots beautés qui se faufilent, manipulent, caressent ; Lolita c'est deux pas sur le palais, le nom murmuré passionnément, Lolita c'est un meurtrier de l'esprit, un pédophile, un monstre que l'on apprécie. Terrible langue néfaste ! Lolita c'est mon passé. Tout comme le Petit Chaperon Rouge, Lolita cette petite princesse au regard malicieux, à la jeunesse volée.

Quatre fois lu, quatre fois une nouveauté, mes professeurs me disaient qu'une oeuvre d'art se trouvait lorsqu'on la relisait et que le sens se métamorphosait, que les propos se divulguaient sans jamais s'exhiber entièrement, expliquer maladroitement. Il est mon passé, l'histoire que j'aurai aimé écrire du point de vu de la victime, il est mon démon, mon périple, mon coup de foudre, mon coup de poing, mon poignard dans les veines, ma drogue dans les poumons. Cette histoire, ce personnage (Humbert Humbert ce que je te hais !) exerce sur moi une ascendance particulière, chaque fois que les souvenirs m'assaillent, des mémoires mauvaises herbes, je cours vers ce livre que je touche avant de l'ouvrir. Jamais encore je n'avais développé un rituel concernant un unique livre, je préserve Lolita, ayant la peur de le prendre à pleine main, de découvrir encore un côté de la personnalité narcissique, prédatrice, malade d'Humbert Humbert. Mais je ne peux le juger, l'effroi de m'avouer qu'il meurt d'amour pour cette gamine aux actes de braise, cette petite fille qu'il brise. Encore une fois, le sens prend un détour phénoménale, à l'instant j'entraperçois une nouvelle signification. Les pulsions ne se déguisent pas dans le bouquin, Nabokov enfonce la dague jusqu'au bout de l'innommable tandis que la victime crève et essaie de s'enfuir de son emprise. Plus qu'un monde, un road trip, une fuite, c'est la psychologie réaliste qui m'effraie, les liens qu'il tisse entre ces deux âmes. Ce livre me dégoûte et me fascine, le seul qui me nargue de toute sa froideur, de toute sa chaleur, de toute sa mélancolie, de toute sa passion destructrice. Au fond de moi le réveil d'une idée spéciale m'engouffre dans ma culpabilité.




Le petit prince de St Exupery


Mon enfance envolée, le temps parcouru son chemin, dans le métro parisien, j'ouvrais et explorais ce conte se révélant insupportablement délicieux, chaque mot, chaque phrase me touchant en plein coeur, au lieu d'une arme aiguisée saignant sur mes plaies, lui apporta le réconfort, le plaisir de la douceur, de la tendresse, de l'humanité positive. La métaphore aide à soigner les malheurs, à apaiser les souffrances, Le Petit Prince regorge d'images féeriques, de leçons de vie, il rend humain, il rend l'âme dans la joie, dans l'éclat de vie sur les orbes surprises, curieuses de l'enfant que l'on est. 

Je me souviens des séances lectures près de ma grand-mère, son être bouillonnant, ayant du mal à contrôler les émotions qui l'éreintaient jour et nuit, je me souviens quand j'ai lu la première phrase, le mouvement se figeant, la posture se détendant, le regard s'envolant ver la planète de ce Prince que l'on connait tous. Car le Petit Prince nous ressemble, mieux, il semble être nous, ce bout d'âme que l'on enferme pour apporter les protections contre le monde, contre l'agression perpétuelle, contre les remarques désobligeantes, le sentiment pervers de ne posséder aucune place sur cette planète que l'on nomme terre. La voix du Petit Prince nous guide vers la paix intérieur, vers cette forêt délicate. Je garde des passages dans mon coeur comme les baobabs venimeux (image efficace, s'auréolant d'une poésie divine), l'apprivoisement du renard que j'accapare comme un début d'histoire d'amour entre deux âmes soeurs méfiantes, la rose comme leçon de tolérance, d'amour véritable, de rupture sincère, émouvante, et la fin... La fin me soulève les larmes, se lèvent les sanglots pour ce Petit Prince oublié, ce Peter Pan adorable. Cette relation cousue de fils dorés, argentés entre l'aviateur et ce bonhomme tombé des cieux. Tellement de sens, de signification ! Le Petit Prince se relit chaque jour, surtout quand les mauvaises pensées étreignent le bien-être, que la tristesse danse sous les yeux, nous avons tous besoin d'un grain d'espoir, d'un rayon de solaire psychique, spirituel. Ce court livre m'offre mon présent, un océan d'ouverture vers les autres et le pardon pour moi-même.




Jane Eyre de Charlotte Brontë


Cette fille de rien, intelligente et silencieuse, cette fille de rien, bousculant les préjugés, la société de son époque, là assise près du feu, en clair-obscur son visage maladroit se montre doucement, comme honteux, elle possède la force de la résilience, le pardon des purs, des saints, Jane Eyre. Cette fille, cette femme à peine âgée de vingt ans semble une apparition pour les rares hommes qu'elle fréquentera, ces êtres masculins aux désirs de dominations sur cette créature enchanteresse, humaine, misérable toutefois rocher dans les tempêtes. Ni sirène, ni fée, ni lutin, elle reste fidèle à ses principes, à ses sentiments si tourmentés, ses ravages du passé, ses blessures du rejet. Elle raconte son parcours, cette histoire d'amour pour le Monsieur Rochester, cette figure du diable, ce visage de marbre lui correspondant parfaitement. Jane Eyre m'a suivi lors de ma seconde séparation, elle m'a pris la main, vient m'a-t-elle chuchoté, viens que je te raconte mes plaies, mes souffrances mais mon bonheur aussi, viens que je te narre ce que la vie réserve, une grande part de malheur, de douleur, mais une lueur éternelle chatoyant dans les bras d'un amour éternel. 

Elle est ce double féminin, cet opposé pour le joug masculin, elle est cette voix enchanteresse, calme, le ressac de la mer, distillant ses belles paroles, son lyrisme humble, sa vision du monde, son analyse des gens qu'elle côtoie. Empathique petite personne, elle pardonne après avoir écouter des voix rassurantes, des mentors lors de sa jeunesse orpheline, puis le chemin la mène vers l'homme qu'elle aimera, qu'elle ne cessera, jusqu'à sa mort, d'aimer, d'adorer. Elle donne sans pour autant s'oublier, l'équilibre elle le préserve pour ne jamais subir la mort de l'âme, alors, elle peut se permettre d'aider ses proches, de dire dans un déluge de répliques les choses que l'on tait, que l'on oublie, elle dérive Jane Eyre, elle secoue les univers de ces autres, doucement, patiemment, naturellement, elle ne porte pas d'artifice mais le mauvais jugement sur elle même. Cette femme ressemble à toutes les femmes, universelle personnage, elle est mon avenir, celle que j'aimerai devenir. Elle n'a pas besoin de pouvoirs magiques ni d'être bien mise dans la société, elle attire sans le vouloir par sa bonté et son manque d'intérêt pour les objets matériels. Oui je l'admire.


Quel est le livre qui représente votre passé, celui qui représente votre présente, celui qui représente votre futur ? 

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6 commentaires

  1. Je suis vraiment désolée pour ce qui t'es arrivée. </3

    Je serais tellement down pour lire Lolita du point de vue de Dolores. J'imagine le début du roman comme ceci: Humbert n'est qu'un petit insecte minuscule dans sa vie, une arrière-pensée, pour contraster avec le délire que se fait Humbert dans sa tête. Je trouve qu'il manque un tel compagnement au livre. J'ai envie de lire le drame dans ses mots immatures. J'ai envie de lire sur la jeunesse qu'il lui a volé.

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    1. Tu n'as pas à l'être : o C'est passé et je ne peux rien faire contre. L'avantage dans ces moments là c'est que tu es heureuse de voir terminer ce moment de ta vie.
      J'aimerai aussi lire une réécriture de Lolita de ce point de vu, ça aiderait pas mal à faire ouvrir les yeux des gens, parce que le viol c'est totalement tabou et lorsqu'en tant que victime tu oses enfin avouer, tu te récoltes encore plus de commentaires désagréables. Comme si la victime n'avait pas à faire avec elle même et sa culpabilité.

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  2. Je suis à la bouuuuuuurre :o

    La façon dont tu parles de Lolita me donne très envie mais ce ne sera probablement pas avant l'année prochaine... Mais un jour, sûrement, je le lirai.

    Pour Le Petit Prince, je ne l'ai lu qu'une fois, j'avais 17 ans (et je n'étais donc déjà plus une enfant, même si je ne me suis jamais considérée non plus comme une adulte...) et ce livre est tellement nécessaire, on devrait tous le relire plusieurs fois dans notre vie, il rappelle, comme le dit une des citations, qu'on oublie vite qu'on a été un enfant...

    Quant à Jane Eyre, là encore, ça me donne envie de le relire, j'ai été émerveillée par la force et l'indépendance d'esprit de Jane Eyre et par le charisme de Rochester.

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    1. Il va vraiment falloir que tu le lises, cet ouvrage doit être lu. Bon je ne suis pas trop objective pour le coup.
      Je l'ai lu quand j'avais 18 ou 19 ans il me semble, dans le métro parisien, oui puis il est tellement regorgeant d'amour et de valeur, qu'on peut croire à l'humanité utopiste avec ce livre, il nous apprend à ne juger personne et surtout pas soit même mais à être bon avec les gens autour de nous. Et patient aussi.
      Ah mais Jane Eyre je crois que ça va faire comme Lolita, je vais le lire une fois par an ce livre.

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  3. Quelle belle manière tu as de parler de ces œuvres qui te touchent !
    Je garde également un souvenir très vivace et brûlant de "Lolita", même si je ne l'ai lu qu'une fois... J'avais enchaîné avec "Ada" mais je n'ai pas réussi à aller au bout de celui-là : trop malsain (oui, Nabokov a réussi le tour de force de faire pire que "Lolita" !)
    Quant à Jane Eyre, je n'ai pas été aussi emballée que toi mais j'avoue que tu me donnes envie de le relire !

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    1. Je te remercie beaucoup !
      La première fois que j'ai lu Lolita j'ai eu du mal, la deuxième fois j'ai refermé le bouquin puis la troisième fois j'ai vu qu'Humbert en plus d'être pédophile était vachement narcissique. Je crois que Nabokov était lui même un peu pédophile, des articles que j'ai lu et d'autre témoignage de victime, c'est vraiment un prédateur dans ses romans qu'il décrit et le sujet revient sans cesse. Je crois que le pire que j'ai lu de lui c'est l'Enchanteur, la fin est telle une fin de Sade.
      Il faut que tu le relises, ce livre est magnifique !

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