Mon parcours de lectrice

mardi, août 22, 2017

Herbert James Draper - The Vintage Morn

Prend un café, un morceau de chocolat. 
Respire un coup.
Ouvre tes souvenirs de lecteur,
Je t'invite au voyage, à la contemplation, 
de tes lectures enfantines, adolescentes.

C'est un aparté un peu spécial ce mois-ci, tellement car il s'agit de m'auto-analyser et partager avec vous mes ressentis, mon parcours de lectrice. Vingt-quatre années de vie, vingt-quatre années où j'ai appris à me connaître, à me forger grâce à ces pages lyriques, poétiques, imagées, romancées ; l'on me dit souvent que je vis dans un roman, que je ne suis pas faîte pour la réalité, parfois mes proches m'observent m'envoler au loin, dans mon propre pays imaginaire, là où j'ai créé mes propres histoires, mes propres scénarios. Lire m'a permis de m'évader, de découvrir une richesse infinie de contes, d'histoires, j'existe quand je rencontre les pages, quand je rencontre les auteurs, les ouvrages. Depuis la création du blog, je le clame, je le répète, mais lire c'est vivre, découvrir à force d'univers, de galaxies éloignées ce que l'on est, découvrir alors les autres, songer à la souffrance humaine, en sortir, s'améliorer, se pardonner, comprendre. Autrui et soi même. Car pour s'épanouir dans l'adversité, il faut se connaître pour se contrôler, lâcher du leste, baumer ses peurs ; lire c'est exister, prendre conscience de son intériorité, puis, petit à petit, ouvrir les yeux sur les autres, ouvrir les yeux sur l'univers sans juger, sans mépris envers l'humanité, sans colère aussi. Que de répétitions déjà pour l'introduction, je sens que cet article va me rendre larmes et émotions.

Mes premiers souvenirs de lectures remontent à l'histoire du soir (j'insiste là dessus, mais l'histoire du soir c'est la base pour la construction d'un enfant) où ma mère me lisait les contes de Perrault, et, chaque soir, je lui demandais la même, Barbe Bleue... je ne comprenais pas l'entièreté du conte mais je ressentais sans pouvoir mettre de mots ni d'explications que cette histoire était spéciale. Elle me faisait peur, dans mon ventre coulait aussi l'expectative et la scène finale : Anne ! Anne ! Puis la tête tranchée du monstre. On peut dire alors que déjà mes goûts furent prononcés pour la complexité et le malsain... qui ne m'ont jamais quitté. Les Tom-Tom et Nana furent mes premières lectures, celles que je racontais à mon petit frère à peine né, un plaisir enfantin à jouer à la maman, à raconter des contes, drôle, truculent, il fallait aussi que je joue les personnages, leur donner vie par la voix. En réalité, enfant, je n'étais pas très portée sur les ouvrages, mais la fierté d'avoir lu mon premier roman en vacances chez mon paternel (Mulan) fut pour moi un souvenir mémorable, l'effet d'atteindre une confiance en soi.

Le banc de la lecture pour quelques années, les pages ne se tournaient pas, j'avais d'autre jouet, les playmobiles, les perles, les kaplas où je fabriquais des mondes. La lecture s'est révélée au tréfonds de l'enfer, ma sauveuse. Ce ne fut pas une apparition c'est cliché comme idée, vraiment, et je ne me rappelle pas le premier livre que j'ai abordé et auquel je n'ai plus lâché cette activité. C'est bizarre tout de même, normalement on se remémore ce passage qui marquera notre vie à jamais... Je m'en souviens maintenant ! J'ai beau craché sur cette saga maintenant, en réalité, c'est elle qui m'a permis d'accéder à cette richesse, car le personnage de Bella et d'Edward, cette histoire d'amour me touchait. Puis vinrent Harry Potter, le tome deux où, dans la cours de récréation, en plein soleil, je tremblais d'effroi, sursautant même lorsque le basilic glissait dans la chambre des secrets. Un moment d'émotion intense où je voyais littéralement la bête me sauter au visage. En plein soleil et dans les cris, les rires, les éclats de voix de centaines d'élèves. J'ai réalisé que la lecture me permettait de m'évader, d'atteindre la porte des songes, la voix des rêves éveillés pour se protéger contre les misères et les souffrances que la vie réservait. Par celle-ci j'ai réalisé que je ne la quitterai jamais, un amour, une passion bourgeon. Et une amie, pratiquement ma soeur réussit à augmenter cet amour que j'éprouvais, car elle aussi lisait, des mangas surtout et des romans, elle en parlait passionnément, impossible de s'échouer dans l'ennui, impossible de ne résister à la tentation de découvrir ces milliers d'histoires auxquelles elle donnait vie par la simple force de sa voix.

De là, un moment, des années de solitude. L'isolement familiale, au collège et au lycée, l'exclusion. Pour survivre, je me lisais dans la rue, en marchant, manquant de me faire écraser ou de cogner les gens plusieurs fois par jours, plusieurs fois par jour aussi des remarques de la part de mon entourage. Lire, apparemment, s'est s'enfermer, s'éloigner de la réalité. Oui, effectivement. Pour mieux s'y attacher, s'y pénétrer, pour mieux comprendre, pour mieux aimer. Pour grandir, pour voiler les plaies, les ravages d'un passé. Lire c'est se découvrir et découvrir les autres, c'est croire aussi. Plus j'écris cet article, plus je me dis qu'il est mal foutu, pas bien écrit, par contre il est vrai, avec plein de répétition, des phrases amochées, des fautes grammaticales donnant de la chair boursouflée de souvenir, de sensation, de mélancolie, de passion pour cette activité. Dans ma famille personne ne lisait, jusqu'à maintenant, ma mère s'y est mise, entourée de mes bouquins que je ne peux me permettre d'amener, mon frère aussi, ma grand mère... Ma grand mère aime à ce que je lui fasse la lecture (et cette nuance m'offre un terrain de récréation, une compréhension des mots à haute voix, vibrant, puissant, divins, traversant la conscience pour s'envoler dans l'inconscient, les ressentis dans les veines, un fleuve coulant, rugissant).

Plus tard, une amie débarquait chez moi, ange furie passionnée de littérature, c'est de Lolita dont je suis tombée amoureuse, car il racontait ma vie, mon passé, dans la sensualité dérangeante d'un scandale, d'un tabou exploité, d'un fantasme. Cette oeuvre pénètre mes sens, m'engourdit, j'entretiens avec elle une dualité Perséphonnienne, dans son lyrisme glisse la vie et la mort, Eros, Thanatos, le glauque, le malsain, l'espoir vers la fin, cette fillette qui ne se laisse pas abattre, victime résiliente. A chaque relecture, j’interprète différemment, il évolue avec les années, car il fait parti de mon intériorité, de mon changement psychologique. On cherche des réponses au monde qui nous entoure, dans un cocon, les livres deviennent totems, peluches contre l'agression perpétuelle de l'extérieur. Par le touché des pages, de ce satin, de cette douceur, de cette rugosité, j'accède à des univers différents, à des épopées, des aventures, des énigmes psychologiques. J'ai croisé sur mon chemin, des personnages écho de mon propre caractère, des personnages en contradiction avec moi même, cette opposition m'ayant donné matière encore à réfléchir.

Aujourd'hui, j'aimerai, moi aussi, partager avec les lecteurs des histoires, des pensées, des poèmes, partager des milles et une nuits, dire que ce n'est pas le fait de juger mais justement c'est le fait de comprendre les autres, de ne pas condamner avant de connaître. Lire c'est jeter la douleur quelque part, sur un terrain neutre où il prendra soin de toi, car les livres prennent soin de nous, nous révèle, nous ensorcelle. J'aurai trop de choses à exprimer encore, comme cette lecture bouleversante au mois de février, La maison dans laquelle au titre déjà intriguant et dont une personne s'est moquée car elle n'était pas ouverte à l'imagination. Que ferait-on sans l'imagination, le propre de l'humanité ? Faire rêver les gens c'est rendre le monde plus beau.


Le Poète est semblable au prince des nuées 
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Baudelaire

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6 commentaires

  1. Cet article est sublime ! Oui, la lecture est un peu une sorte de médicament doudou, et parfois même quand les choses qui s'y passe sont horribles... (quand j'étais au plus fort de ma dépression, La Chute de Camus m'a enfoncé plus bas que terre, et en même temps, c'était superbe, voilà)

    Tu m'as rappelé des souvenirs avec Tom-Tom et Nana !

    Et ton article est vraiment intimiste, je ne sais pas si je serais capable de la même chose sur mon blog... On parle juste de notre parcours de lecteur, mais je trouve que ça en dit beaucoup trop sur moi. (en plus, des gens que je connais dans la vraie vie me lisent...)

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    1. On a tous un livre que l'on adore et que l'on déteste en même temps parce qu'il raconte notre propre histoire et je sais que pour moi c'est Lolita de Nabokov et Le petit Chaperon rouge de Perrault.
      Je savais pas du tout qu'il était aussi intimiste xD En fait j'écris vraiment au feeling sans préparation sans rien, juste je laisse les mots défiler et faire des paquets de phrases sans qualités mais si ce texte amène à toucher les gens alors je serai la plus heureuse !
      Ma mère aussi me lit mais ce n'est pas du tout un problème au contraire, ça peut l'amener à me comprendre plus en lisant quelque chose qui, au premier abord n'est pas là pour raconter ma vie x)
      Je suis toujours aussi touchée par tes compliments ♥

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  2. J'ai vraiment grand goût à lire les parcours de chacun dans la lecture ; je comprends la peur d'Ada, parce que justement, je trouve ça très révélateur, ça donne tant d'indications sur la personne. Je l'avais très brièvement fait dans mon premier on se livre, mais je suis restée très évasive, parce que j'avais peur de parler de certains sujets, de ce qui m'a le plus amené à lire, cette période de malheur dans laquelle, tout comme toi, la lecture m'a sauvé.
    Ca ne te gêne pas, que je reprenne plus en profondeur mon parcours également, grâce à toi qui ose le partager de manière intime ?

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    1. J'ai pas de mal à écrire sur ma passion et à m'auto-analyser en fait, parce que ça concerne beaucoup de personne. J'avais un prof que j'adorais l'année dernière qui me disait que c'était être bien présomptueux de se dire que les idées qu'on avait étaient uniques, que personne d'autre les avait.
      Je serai très curieuse d'en lire un peu plus sur ton parcours de lectrice, j'adore ce genre d'article parce que oui on en apprend plus sur le propriétaire mais aussi sur soi même. Je sais que ça résonne beaucoup en moi.
      Mais pas du tout ! Au contraire, lance toi, ça te fera du bien !

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  3. Qu'il est beau, ton article !
    La manière dont tu te raconte en tant que lectrice est très touchante et parlante. Je crois qu'on est beaucoup de lecteurs à avoir trouvé refuge dans les livres aux moments les plus compliqués de notre vie...

    Merci pour ta (toujours) belle plume :)

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  4. Ton article est magnifique. Je ne pourrais sans doute pas écrire autant sur moi, mais je me suis un peu retrouvée dans tes mots. Ton écriture est toujours aussi belle et évocatrice, je suis impressionnée.

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