Du bonheur d'être lecteur

by - samedi, mai 13, 2017


Non chaque mot était entouré d'un halo plus ou moins puissant, celui de l'image mentale qu'il enfantait dans son esprit. Ce mot ténu, par exemple, tremblait comme une patte d'oiseau dans la neige. Le mot chambre évoquait un lieu secret replié derrière les rideaux. Le mot amour s'arrondissait autour de vous mais il y avait quelque chose de coupant dans sa douceur, sa confiture enrobait une amertume qui vous fendait la lèvre.
Quand on pense lecture, on pense divertissement, pas le temps, ennui, cet ennui de lire des mots alignés formant des phrases, des paragraphes racontant une histoire. Aujourd’hui le cinéma remplace ces ouvrages de pages, d’images sur un écran facilité de l’imagination. Pourtant la lecture est riche, apporte, rempli un vide, crée un espace pour ce lecteur ivre de ces univers qu’il imagine lui-même. De paysages décrits il fabriquera son monde propre et, lorsqu’il en discutera avec ses camarades il se confrontera à d’autre point de vu, à d’autre personnalité. Il existe un bonheur, le bonheur d’être lecteur. Assise dans son lit, dans les transports, attendant dans une salle d’attente pour affronter mont soucis, stoïque, rêveur, la lecture rassure, apaise bien que l’on se fonde dans des romans aux sombres personnages, aux moments malsains déclenchant un torrent émotionnel dans le cœur, le corps tout entier est possédé par ces mots qui pénètrent. Je suis heureuse d’avoir découvert dans ma jeunesse ce trésor que la lecture. En un sens c’est ce qui m’a sauvé la vie, c’est ce qui m’a retenu la tête hors de l’eau pendant ces années ténèbres. Lire c’est découvrir, penser, s’améliorer, se battre, lire c’est vaincre des bizarreries, tombée amoureuse d’ovnis, de pleurer pour ces destins traumatiques, rire quand l’auteur de sa plume acérée explique sa vision du monde. Lire c’est se sentir moins seule sans se sentir jugée, c’est se nourrir de spiritualité, c’est s’inspirer pour façonner aussi ses propres rêves, ce songe que j’entretiens toutes les aurores, toutes les aubes : écrire pour partager, pour raconter, pour s’exprimer. Lire n’est pas une obligation, lire est une bénédiction.
Le premier remède de la lecture consiste de se créer sa bulle, à partir de sa bulle de la construire de toutes ces lectures et ces expériences imaginaire. Car l’imaginaire est l’un des plus beaux attributs de l’homme ; là pour évacuer les tracas, pour encourager à vivre, pour voir le monde plus beau qu’il ne l’est réellement. Quand la réalité prend une place immonde au cœur qui chamarre, on se retourne vers cet univers propre, ces pensées dévoilant des images, des dialogues, des souvenirs fictifs, des personnages gesticulant, habillés d’une enveloppe plaisante. On devient Dieu bienfaisant ou malfaisant pour ces êtres de mots, ce que l’on ne peut contrôler dans notre société on le contrôle dans notre tête. Est-ce un vice que de s’enfuir hors d’une réalité insoutenable, pour reprendre de l’espoir, pour s’encourager à poursuivre. Certains genres de livres existent pour donner des sensations de bonheur que je ressens. Je me souviens de cette trilogie de Katherine Pancol, les Yeux Jaunes du Crocodile que j’avais adoré à l’époque. Lu à cette période trouble où le malheur cognait de toutes ses forces contre la porte de ma vie, j’ai dévoré ces trois tomes où j’ai admiré cette femme qui n’avait aucune confiance en elle, mais qui survit, qui donne tout l’amour qu’elle possède pour ses enfants. Mère et femme, sœur et brave, ce livre c’était une révélation, des personnages touchants dans leur humanité et leur défaut, dans leur rêve épuisés, égarés par une enfance ou un passé ténébreux. Des actions d’une vie, il vivait entre mes mains, et mon imagination se soulevait à ces images, ces scènes que je formais, paysages parisiens, appartement mitoyens, Joséphine se fatiguait tout comme je me fatiguais. Une rencontre, une amie, et les émotions flottaient dans mon cœur. Impossible de lâcher les trois volumes, impossible de faire une pause dans cette chronique d’existences multiples. Peter Pan aussi est l’exemple même de l’imagination qu’apporte la littérature, de ce monde enchanté, de ce Neverland connu du monde entier, retransformé mainte fois par nombres de cinéastes, d’écrivains, de musiciens, de peintres. Ce petit garçon nous rappelle notre enfance, des délices de lectures que l’on n’oubliera jamais, forgeant notre psyché contre les dérives multiples que peuvent attaquer nos inquiétudes. Les contes enfin, Grimm, Perrault… Andersen et sa Petite Sirène. Barbe Bleue esquisse une place au fer rouge dans mon cœur quand je demandais à ma mère de me raconter une millième fois son histoire.
En plus de cette capacité que je possède grâce à la lecture, l’empathie s’ajoute puissamment ; j’ai tendance, quelques fois, à considérer ce don comme une malédiction. Société individualiste, narcissique où le peuple ne s’intéresse qu’à soi-même, où les gens aident sans vraiment aider (j’exagère mais c’est ce que je ressens parfois, une agression de l’extérieur) ; lire permet de se confronter à des milliers de personnages, de caractères différents. Farandoles d’êtres de papier valsant sur un sol ténébreux, femmes, hommes, enfants, adolescents nagent dans des aventures, dans des vies absoutes de bonheur. De les voir vivre dans un malheur, de les voir s’acharner par leur idéal, cela donne du courage. Lecteur on comprend, on entre dans notre base de données tous les éléments à cette personnalité tandis que, dans la réalité, quand on affronte, quand on discute, quand on observe nos camarades on est mieux à même de les comprendre. La lecture nous rend moins égoïste.
J’ai commencé à lire et, depuis, je n’ai plus lâché ces pages qui me rassuraient, totem, bijoux, les histoires semblent merveilleuses à mon regard. Je n’ai pas vécu qu’une vie, j’en ai inventé plusieurs toujours dans mes agates une invitation au voyage. Je constate que je suis également devenue plus intransigeante, mes goûts se faufilant, plus forts, plus aboutis, mon esprit critique aguerri, drastique. J’ai commencé à lire et ce fut ma première passion. L’action se rend invisible aux yeux des autres, mais nous savons que plonger dans un univers, dans un temple partagé à plus de valeur qu’un caviar sur une table baignée de luxe. La nourriture spirituelle n’a d’égale qu’elle-même. J’ai voulu écrire ensuite, ces romans que je dévorais sur le canapé m’ont ouvert un sillon vers l’écriture. Si d’autre avait réussi à publier ces pages alors pourquoi pas moi ? Ecrire fut ma seconde passion, celle que je chéri, celle avec qui je suis en conflit, pression que je me porte quand je constate (là maintenant c’est le cas) que le style ne me plait pas, qu’il n’est pas vecteur d’émotion. Car lire c’est éprouver, c’est ressentir, les livres sont des créateurs de sensation pour personnes gourmandes. Pouvoir créer, insuffler de la vie dans une fiction irréelle… magie talentueuse, fascination d’une jeune fille émerveillée par ce que les admirés produisent. Lire rime pour moi avec la création, avec l’action d’inventer, d’innover, de devenir magicien ou sorcière ou dragon ou ange, lire c’est la première étape qui amène à l’écriture, lire c’est se renforcer, c’est développer son style, trouver des idées, s’inspirer. C’est transmettre notre vision du monde sur une page blanche se remplissant et se démultipliant.
J’ai cette fâcheuse manie à me poser de terribles questions, toute la journée, toute la nuit quand mon cerveau n’arrive à se reposer. Aujourd’hui les questions sur l’amour griffent ma paroi rocheuse, ma caverne de tortue géante se fissure par cette tragédie, cette croyance absurde. J’ai besoin de réponses, j’ai besoin de me forger une opinion utile sur ce thème qui ne se lasse pas d’être exploité, femme dolente allongée délicatement sur son sofa de velours. L’amour semble ce titan d’acier combattant une mer déchaînée, cet océan de paix, de complicité, l’amour c’est ce qui fonctionne à deux, c’est construire à deux mains. Et quand la corde fragilisée se casse, se rompt, on se retourne vers les livres. Pas n’importe lesquels, cette fois ci on cible nos lectures pour dégoter une réponse, les larmes taris sur le visage se cachent lorsque, enfin, la réponse jaillit, révélation éprouvée par ces romans teintés d’éternité. J’ai choisi ma PAL du mois et elle sera consacrée à cette quête jamais résolue pleinement, à cette recherche de l’or sur l’amour et la rupture. Un bonheur parfais, Bubble Gum, Martin Eden, L’amant de Lady Chaterley, Le diable au corps, Parfaite
Même si seule, éloignée, même si isolée, un livre consolera toujours, ami objet magique il rassurera, énervera aussi peut-être mais ne laissera pas indifférent (à des exceptions dont je n’ose pas parler). C’est un remède qui vainc l’anxiété c’est prouvé, c’est une peluche contre le stress. Lire avant un examen par exemple, lire pour oublier les tracas démesurés, les peines que ce battant chiant peut concevoir quand il expérimente la vie ; on s’oublie pour mieux se replonger dans son intérieur, dans sa psyché chamboulée. Les personnages sont des avatars de nous même quand on se projette délicieusement dans les lignes vibrantes d’existences particulières. Mais avant tout lire permet d’augmenter un minimum sa confiance en soit, par ces personnages mêmes qui nous font rêver, par ces pavés de lumières qui s’exhibent du haut de nos étagères bourrées à craquer, on se transporte dans une période tantôt antique, tantôt contemporaine pour découvrir un autre univers. La solitude disparait, honteuse, timide dans une forêt de vapeur. La routine est une source de frayeur et se noyer dans d’autres mondes permet un moment de chaleur. La lecture procure la confiance minime quand on décide de parcourir pendant un mois un bloc de mille pages, milles pages d’extases ; dans notre société de consommation où la rapidité reine se corrompt avec la tranquillité d’une lenteur, lire un livre pendant des semaines c’est égal à une prouesse. Lire nous réapprend à prendre notre temps.
Ma première passion je la chérie, et j’aurai aimé lui rendre hommage en écrivant quelque chose de plus persuasif, ça n’a pas de mot, c’est au-delà, j’ai quand même essayé de rendre explicite des sentiments implicites, cet amour suprême que j’éprouve quand je tiens un livre dans mes paumes. Ces objets m’accompagnent tous les jours, à tous événements de ma minuscule destinée, dans mon sac les pages défigurées, ils vivent en étant touchés, manipulés, ils vivent quand je souligne les phrases qui me chagrinent, qui me peinent, qui me font réfléchir. Chaque jour est illuminé par cette passion !

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