Soumission

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Houellebecq, écrivain qui accueille la critique et les polémiques, ce nom se présente sur certains titres arborés fièrement sur les tables honorifiques des librairies au même titre qu’Amélie Nothomb ; contemporain qui rentrera au panthéon de la littérature, il développe les tabous sans complexe dit-on. Soumission est à l’image de son auteur, l’histoire semble cherchée dans les tréfonds de nos peurs ou de nos angoisses, elle tisse un futur plausible bien que j’ai eu du mal à y croire, c’est d’ailleurs le gros point fort de ce qu’il élabore. Pantoise, abasourdie quand j’ai refermé ces pages où suintaient un peu de narcissisme, j’ai réfléchis et peut-être que…
Les femmes retourneront à cette ère glaciaire où, soumises, elles n’avaient de droit que celui de se dévouer à leur époux. Le titre prend alors sa première signification, dans le coran, la femme est inférieur à l’homme, elle lui doit obéissance, considérée comme mineur, comme un objet (retour au moyen âge que c’est plaisant) elle vit sous les désirs de son mari. Le narrateur se focalise un peu de trop sur ce sujet, ce n’était pas dérangeant si seulement l’impression étrange et malsaine d’un fantasme n’était pas présente. Il ne critique pas cet état des faits justement, il s’en complet. Bien que Houellebecq pose un regard acéré sur notre système, notre société, sur nos hommes politiques et leur magouilles, bien qu’il défigure, qu’il caricature quelques personnalités au-devant des projecteurs, la même rengaine chantonne sans cesse. Il y un arrière-gout de suffisance, de pédantisme fécond au gré des pages et des élucubrations du narrateur, avatar de l’auteur sans doute.
Pourtant, en un sens déplaisant, je devais bien le reconnaitre, ces humains étaient mes semblables, mais c'était justement cette ressemblance qui me faisait les fuir ; il aurait fallu une femme, c'était la solution classique, éprouvée, une femme est certes humaine, mais représente un typer légèrement d'humanité, elle apporte à la vie un certain parfum d'exotisme.
Je me souviens lors de sa promotion, je sais que ce roman avait mordu les bons sentiments des présentateurs, parler politique ce n’est pas évident et je me questionne moi-même en écrivant cet article. A froid, je me dis qu’il a bravé les non-dits des français, qu’il a manipulé son intrigue, qu’il a caché dans ses phrases ses pensées le plus incorrectes, mais comment le juger ? C’est la fin, cette fin, qui prend une ampleur incroyable quand on se rend compte de la manipulation. Soumission, certes, mais soumission des chrétiens, des juifs, des athées face à l’islam ? La compréhension hurle d’effroi, de malaise face à la conclusion. Je n’ose imaginer une société pareille et, plus j’essaie de visualiser, moins j’y crois car j’ai l’espoir que les femmes, que les hommes se lèveront avant la reprise de nos libertés. Pourtant il façonne son monde anticipateur de façon à ce que le lecteur ne perde pas ses repères, il présente simplement une nouvelle élection présidentielle en omettant certains détails. En restant à la surface. Surface qui se dévoile comme profonde. Le livre prend deux tournures : à la lecture la surface, à la fin quand les pages se referment, quand le souffle se répercute, quand deux jours passent, digéré cette proposition macabre, la profondeur apparait. Dommage qu’elle n’apparaisse que vers la fin, fin qui m’a tout de même refroidi de plein fouet.
Houellebecq est cette figure primée, cette étoile de la littérature, qui dit écrits, qui dit textes, dit plume. Or, de plume je n’ai trouvé qu’un substitut de satisfaction personnelle, il aligne les mots vulgairement, emploie des adjectifs crus, quelques fois une tournure intelligente se faufile dans les monologues intérieurs de ce cher professeur. Les mots se cousent dans une suffisance désagréable, un roman se partage entre le lecteur et l’auteur, un dialogue s’instaure mais ici le vent souffle des deux côtés, l’équilibre se rit du lecteur qui ne demande qu’à ressentir. Et de ressenti il n’y a guère.
Le roman pouvait offrir une anticipation et faire l’aumône d’émotions intenses, que la peur nous grille les neurones, que l’inquiétude, l’angoisse creusent un sillon dans les côtes reprenant leur respiration bloquées par le monde présenté ! Que nenni, rien de tout cela. On prend néanmoins conscience que notre système politique peut s’effondrer en une heure, qu’un mauvais choix engendre un fléau. Quand je repense à ce livre, je ne cesse de réfléchir, il y ce quelque chose de dérangeant dont je n’arrive pas à mettre un doigt dessus, une explication, certainement que le livre ne se veut pas xénophobe et pourtant, il y a cette impression sous-jacente, ce discours en demi-teinte. Je ressors de cette lecture avec le grain de déception, pour une première rencontre avec l’œuvre de l’écrivain ce fut un fiasco, une sensation d’inachevée, une sensation de moquerie au fond de la gorge.

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