Une fille comme les autres

by - samedi, mai 13, 2017

Il est l’un des romans qui m’aura épouvanté, pages après pages, l’horreur se faufilait, vagabondant narquoisement dans mon cœur fou chamarrant une litanie d’angoisse pour cette fille comme les autres, ce titre est trompeur, cette fille c’est une innocente, une victime chutant dans une grotte peuplée de monstres. Or les monstres peuvent être, quelques fois, une métaphore de notre intériorité, les monstres n’existent pas… Ce sont les hommes, cette part sombre en leur âme tourmentée. L’excuse ne s’aventure pas sur mes lèvres, ni sur mon esprit, lectrice affamée adorant analyser les pires personnages valsant sur le sol enténébré d’une histoire, ici j’ai haï cette tante, cette femme de rien engeance même du démon élevant trois enfants, trois garçons qui, à leur tour deviendront immondes.
CVT_Une-fille-comme-les-autres_8172Tout se passe dans le regard d’un petit garçon, témoin, voisin de la maison d’à côté, sage choix de proposer un personnage âgé d’une dizaine d’année pour expliciter l’indicible. Nous le savons tous, entre bien et mal, les chérubins ne choisissent pas, diamant brut, agneaux blancs obéissant aux figures adultes, ils sont ces êtres chers à l’avenir mais, immatures, capricieux, corruptibles ils ne réfléchissent pas, ils ressentent les choses. Ainsi ce petit garçon dont j’ai oublié le nom (parce que vous allez voir, il est loin d’être parfait, et j’ai été un peu dégouté par son comportement) rencontre cette charmante fillette dont il tombera amoureux. L’on sent, dès les premières pages que l’horreur chantera en crescendo ; ce roman narre la perversion humaine dans sa splendeur la plus profonde, la plus glauque. Par des détails insignifiants, vicieusement l’émotion creuse un tombeau dans notre âme de lecteur, les question influent le cerveau, appuient drastiquement, et l’envie alors se déchaîne, celle de tourner les pages pour savoir, pour comprendre. De lecteur la métamorphose se constitue voyeuse. Le garçon devient complice, on l’excuserait en cherchant des circonstances atténuantes : méchante, ironique je dirai qu’il n’avait que sa bêtise et son besoin d’être aimé par ces hères du village isolé. Tandis que notre Meg agonise, lui assiste et désire.
La gentillesse n’est pas innée, moi, naïve personne aux croyances féériques, j’ai foi en l’humanité, en sa bonté ; il a anéanti cette duplicité, écrivain s’intéressant aux faits divers les plus barbares, est-ce un hommage pour cette juvénile personne qu’il a écrit, aligné ces phrases simples, sans fioritures, épurées, un style bafouant l’esthétique de la littérature. Il n’y a pas de plume seulement des faits dans un cerveau catastrophique. Le manichéisme s’efface au profit de descriptions amères, de passages, de scènes quotidiennes se révélant atroces. On ne sait plus, vers quel saint se tourner, quel est le pire dans toute cette glace immondice ? La boucle tourne, effrénée, paniquée, tranquille ronde où dansent les monstres, eux n’ont pas de jugement, eux n’ont pas de conscience, eux ne possèdent que ce souhait sadique de faire mal à cette poupée vivante mise à leur disposition par la folie féminine. Sade n’aurait pas mieux fait dans la conception d’un récit ! La cruauté n’a pas de limite, elle virevolte, silencieuse, relevant ses jupons de moire où la vermine se balance à ses jambes ridées. La tante donne la permission à ses garnements d’abuser d’une demoiselle, de son identité qu’elle perd, de sa dignité, de son statut d’objet à présent elle affronte l’adversité sans se plaindre, presque sans une perle nacrée glissant sur ses joues botticellienne. Admirative de cette force, émue à la fin, haïssant tous les personnages. Car aucun n’arrivera à sauver la jeune fille, aucun ne tentera quelques actions pour la sortir de son enfer, impuissant et coupable on assiste à l’apothéose, expirant de soulagement et de désespoir.
Loin d’une lecture loisir on pourrait penser que ce thriller n’offrirait qu’une sorte de plaisir inavouable, mais celui-ci sort du lot malgré son manque de poésie (il n’y en a pas besoin, certes, dans ce genre de bouquin), on réfléchit à ce statut mystérieux d’un témoin, quand on se trouve confronter à ce genre de situation, que l’on participe, que l’on se repentit, puisse-t-on être pardonné par la justice. Cependant dans le cas d’un meurtre, de la torture, de la séquestration que doit-on faire ? Le final s’exaspère d’un comportement idiot de la part du narrateur tout au long du récit, plus qu’un témoin, il est également coupable et les lecteurs avec. Ce thriller réveille la catharsis qui est en nous, long serpent guettant dans les fourrés de notre propre sadisme. Les pensées s’accrochent, se cognent contre notre psyché : lire cet ouvrage c’est se dire à demi-mot, chuchoté dans la forêt noire de notre silence que l’on ne vivra jamais les malheurs de Meg, que l’on se plaint de petits problèmes alors que d’autre agonisent dans une cave, dans une famille où les enfants sont battus quotidiennement.
Haletante, mal à l’aise, j’ai poursuivi, j’ai sauté des pages pour y revenir, pour me préparer psychologiquement. La torture tonne, hurle entre les parois de la maison d’à côté, entité cadavérique où se passent l’innommable dans une famille américaine décadente, et ce garçon d’en face qui participe, qui regarde, qui se moque même ! Les âmes sensibles seront priées de s’abstenir.

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1 commentaires

  1. Ca a l'air terrible... Je ne sais pas si c'est le genre de lectures que je supporterais... J'en aurais presque eu un frisson en lisant ta chronique.

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